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CCI Paris Ile de France

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Publié le 11 juin 2019

Former les étudiants japonais au français de la boulangerie

Former au français de la boulangerie JaponEntretien avec Kévin Cajot, Lauréat 2019 du Diplôme de Didactique du Français sur Objectifs Spécifiques (DDIFOS)

Kévin Cajot est enseignant vacataire à l’Institut français de Tokyo et chargé de cours à l’Université Gakushûin. Récemment diplômé du DDIFOS, Kévin Cajot a accepté de répondre à nos questions pour présenter son projet pédagogique : « Former au français les étudiants japonais au métier de la boulangerie».

Pouvez-vous nous expliquer comment ce projet est né ?

Depuis tout petit, deux choses m’intéressaient particulièrement: la boulangerie et le Japon.

Durant mes études à l’université, ce désir de travailler à l’étranger était toujours là. C’est ainsi que j’ai découvert le monde du FLE au Centre universitaire de Strasbourg, que j’ai tout de suite perçu comme un moyen très concret de trouver un travail au Japon. Après une année d’échanges pendant mon Master 2, l’envie de faire de la boulangerie est revenue, surtout lorsque je me suis rendu compte du fort potentiel de ce secteur au Japon.

La boulangerie allemande et la boulangerie française (qui sont d’ailleurs concurrentes) ont un savoir-faire très largement reconnu au Japon. Par exemple, dans les écoles où j’ai travaillé, toutes les recettes sont écrites en français. L’idée de concilier japonais, boulangerie et FLE m’est apparue comme évidente.

Pourquoi proposer du Français sur Objectif Spécifique (FOS) ?

J’ai pu constater une réelle demande des étudiants d’écoles professionnelles de type CFA boulangerie-pâtisserie. A l’inverse du secteur de la pâtisserie qui lui est plus facile d’accès (vidéos YouTube, nombreux manuels en japonais), le secteur de la boulangerie connait d’importantes lacunes dans le vocabulaire spécifique. Beaucoup de termes sont très techniques, mais malheureusement tous sont très approximatifs, d’où l’intérêt de clarifier et d’uniformiser les mots.

Le FOS, c’est la nécessité d’établir des outils, et sur cette base, de donner aux personnes les capacités de pratiquer leur profession sereinement. La langue ne doit pas être un handicap.

Lorsque l’on enseigne le FOS, il faut savoir ne pas se disperser, c’est-à-dire bien garder en tête ses objectifs, il faut savoir être efficace car nous avons peu de temps pour former, mais aussi rigoureux et curieux. Ainsi, en 40 heures environ, les étudiants peuvent obtenir une formation de qualité en français de la boulangerie qui est à la fois rapide et économique.

Pouvez-vous nous résumer la démarche que vous avez suivie pour concevoir votre dossier pédagogique ?

Tout d’abord, durant mon parcours FLE, l’étude que j’ai menée sur le secteur m’a permis d’identifier les problèmes de lexique. Par la suite, j’ai travaillé pour l’enseigne Paul, afin de me mettre à la place d’un professionnel japonais en France.

J’ai également recueilli les besoins linguistiques chez Fujiya (une entreprise de pâtisserie japonaise), auprès du personnel en production. En parallèle, j’ai enseigné le français pendant 3 mois à un groupe de 8 apprenties en première année de CFA boulangerie-pâtisserie au sein de l’école Vantan. J’ai également questionné des professeurs de L’Institut National de la Boulangerie Pâtisserie à Rouen qui sont des boulangers émérites.

Tout ce travail en amont m’a permis de pratiquer avant de théoriser et ainsi cerner au mieux les besoins langagiers de ce secteur d’activité.

Qu’avez-vous le plus apprécié dans votre parcours de formation DDIFOS, et pourquoi ?

Ce qui m’a le plus plu, c’est la totale liberté qui m’a été laissé quant au choix du sujet. J’ai également apprécié la qualité du suivi en cas de problème lors du parcours. J’ajouterai aussi le fait de ne ressentir aucun jugement de la part de nos interlocuteurs. Il y avait toujours quelqu’un pour m’aider, m’épauler, m’expliquer mes erreurs. J’ai vécu l’apprentissage par l’erreur comme quelque chose de très enrichissant. Enfin, j’ai aussi fortement apprécié une des grandes qualités du FOS: la transversalité.

Je suis actuellement en train de finir de développer mon programme pour la pâtisserie cette fois, mais aussi pour l’école ESMOD Tokyo qui fonctionne avec l’Institut français pour l’enseignement du français.

Mon expérience FOS est désormais une richesse que je peux adapter à d’autres secteurs d’activités, comme pour mes cours de FLE, dans lesquels l’approche FOS est totalement pertinente. L’enseignement est tellement efficace qu’on ne devrait plus enseigner le FLE sans enseigner le FOS !

Pensez-vous qu’avec l’approche des JO 2020 au Japon, le français peut être une force pour les professionnels japonais ?

Tout à fait. L’Institut français a d’ailleurs déjà proposé un cours en français adapté au contexte des Jeux Olympiques, car l’apprentissage de la langue est bien le seul moyen pour communiquer en français.

Il faut savoir aussi que, dans la culture japonaise, l’accueil et la courtoisie que l’on nomme « Omotenashi » est très importante. Ainsi un Japonais sera tout naturellement très heureux de guider des touristes français, en ayant la capacité de s’exprimer et d’interagir avec eux.

Et c’est là que le FOS devient un réel plaisir, car il permet d’enseigner à toutes ces personnes qui ont des rêves, et cela c’est le plus gratifiant.

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