RFI – Chronique C’est pas du vent, du 9 juin 2017 « 2. L’industrie textile sera-t-elle un jour éthique et responsable? » 16’15>18’17
Journaliste :
Hélène Sarfati Leduc, pourquoi les eldorados de la mode se déplacent-ils ? Comment s’opère ce déplacement ? On a parlé du Bangladesh, aujourd’hui on parle de l’Éthiopie, de la Birmanie…
Hélène Sarfati Leduc :
Évidemment, la première chose qui vient en tête c’est la recherche de profits et de régulations moins contraignantes que dans les pays européens. Donc la régulation, les règles environnementales notamment, font que, on a déplacé un peu les zones de production pour aller, on va dire, externaliser ; tout ce qu’on appelle les « externalités négatives ». Donc on s’est dit, les producteurs de vêtements se sont dit : « bah on va avoir des salaires moins élevés, des règles moins contraignantes donc on va faire plus de marge et plus de profit. » Or il se trouve que maintenant, il s’est passé beaucoup de choses, on en a parlé, le Rana Plaza, il y a quand même une
prise de conscience générale autour de ces questions-là. Et les entreprises se sont rendues compte que, il y a avait un enjeu très important de réputation, une gestion de risques. Un risque en tous les cas juridique, financier, santé et donc à ce moment-là, ils ont commencé à se préoccuper de ces questions-là, pas pour des raisons forcément éthiques, mais l’essentiel c’est qu’on arrive au même but, c’est de faire en sorte que les conditions de travail soient meilleures et que l’environnement soit le mieux protégé possible.
Journaliste :
Et que vous évoque l’idée d’une industrie plus éthique, ou plus responsable ? Les deux mots n’ont pas le même sens d’ailleurs, Hélène Sarfati Leduc ?
Hélène Sarfati Leduc :
Oui, moi j…, on différencie d’ailleurs très clairement les business models éthiques qui sont créés, on va dire, une marque sur la base d’une chaîne de valeur intégralement constituée sur la base d’une éthique c’est-à-dire avec un , des zones de productions, des conditions de travail, des salaires, des conditions environnementales qui soient responsables, et puis ce qu’on appelle « mode responsable » qui est : intégrer de la responsabilité dans la chaîne valeurs aujourd’hui. Les marques dites « conventionnelles », qui sont en train justement d’essayer d’améliorer leur chaîne de valeur. Donc c’est très compliqué parce que plus elles sont grosses, plus elles sont mondialisées, plus elles ont des double sous-traitances, plus elles ont des zones de productions diverses et variées, et plus le contrôle devient compliqué, voilà.