RFI – Chronique 100% création du 15/06/2025, Le grand couturier haïtien Helmer Joseph, par Maria Afonso, 11’10
– Maria Afonso : Haïti, Jamaïque, Montréal, il arrive à Paris en 1984 pour suivre des études dans une école de mode et de stylisme. Helmer Joseph rêve de Paris, le berceau de la haute couture. Il apprend, créée et s’inspire des plus grands Dior, Rochas, Yves Saint Laurent et tant d’autres. Helmer Joseph est diplômé d’une quinzaine d’écoles de mode, et encore aujourd’hui, cet éternel apprenant continue à se former.
– Helmer Joseph : J’ai fait pas mal de formations de tricot-machine parce que j’étais assez curieux pour tout. Et arrivé à Paris, j’ai fait Esmod. Après, j’ai fait Christian Chauveau pour le maquillage, pour le cinéma et puis là j’ai pu rester à Paris, mais j’avais un mois pas plus, j’avais pas de portfolio. Et puis chez Esmod, y’a une fille on a sympathisé, son conjoint était photographe. On a fait un shooting de photos. Sous le Pont Neuf, y’avait une amie mannequin de Montréal. Puis quelqu’un passait par là, il a dit/a demandé « qui a fait la robe ?”. Elle a dit que c’est moi, le type m’a donné une carte. J’ai appelé quelqu’un. Je suis rentré dans un atelier de haute couture. C’était aussi facile que cela. J’ai touché un peu à tout. Mais après j’ai fait Lesage en broderie, j’étais quasiment la troisième personne à m’inscrire à l’école, dès que j’ai entendu parler qu’il y avait cette formation, parce que j’avais fait de la broderie aussi en Jamaïque. Après, j’ai fait le design textile, j’ai fait le chapeau, j’ai fait la Chambre syndicale de la couture parisienne en formation complète de moulage, pour pouvoir enseigner plus qu’autre chose. Le mois dernier, j’ai fait une formation de soudure parce que maintenant il y a beaucoup de carapaces, tout est rigide dans la mode. Dès qu’il y a des séminaires, je les prends, même si c’est loin parce que, actuellement j’ai une école en Haïti, j’ai une école de mode et de métiers d’art et je suis aussi chargé de cours à l’Université du Québec, à Montréal, à l’UQAM. Et ça, il faut répondre à toutes les questions parce que chacun a des inspirations, il faut les encadrer.
– Maria Afonso : Toutefois, son processus créatif démarre toujours par le textile.
– Helmer Joseph : Le tissu, je le vois déjà au toucher. Je vais voir si je peux l’écraser, le mouler, faire, qu’est-ce que je peux faire avec. Je peux le mettre sur mon bras pour voir comment ça bouge, pour la manche. C’est d’abord le tissu. Du tissu, je vais créer quelque chose. Ma formation de tailleur me pousse à préférer la laine. Parce que la laine, par exemple, dans les maisons de haute couture, on dit qu’un tailleur, c’est juste repasser, c’est-à-dire, quand on peut repasser de la laine, on peut sauver n’importe quel modèle. Tandis que la mousseline, j’aime pas trop. Mais tout ce qui est soie pour les robes, les grandes robes, les drapés, j’aime bien. Mais moi, c’est la laine. Le coton, c’est fin, je préfère le lin au coton. Y’a de très beaux tissus pour les chemisiers d’hommes qui sont solides, qui ont de la force. Mais tout ce qui glisse là, j’aime pas. Encore une fois, c’est ma formation de tailleur, j’aime bien quand c’est construit. Par exemple : sur les défilés, quand c’est une femme qui a travaillé sur un veston, je le vois. Quand c’est un homme qui a travaillé sur une robe, je peux le voir aussi, la main n’est pas pareille. Ça, on peut le voir. On fait le jeu assez souvent. Il y a du plaisir quand on est responsable d’une robe. Et puis on voit morceau par morceau. Il y a des moments pendant le défilé, les manches ne sont pas encore arrivées, le défilé commence. Il faut être prêt avec ses épingles pour épingler, pour … non, non y’a beaucoup de plaisir à travailler en arrière.